CCF - Maracasse

Coup de Coeur - Francophone

6 décembre 2017

Fort McMurray, AB, 21 novembre 2017

#CCF2018

Nouvelles

Fort McMurray, 21 novembre 2017

tchernobyl

Samantha, elle a eu un pressentiment. Quelques jours avant l’évènement, elle a dit à sa mère de faire le plein, que le char était vide. La veille, elle lui proposait d’aller passer la semaine à Edmonton, en famille. Le matin même, elle ne voulait pas se rendre en classe, projet que sa mère a refusé de façon catégorique. Plus tard dans la journée, elle était d’un côté d’un mur de feu, et sa famille était de l’autre.

Samantha est née à Fort Mac et fréquente la même école francophone depuis quinze ans et l’an prochain, c’est l’université qui l’attend, à Edmonton ou Calgary, elle sait pas encore. Quinze ans à la même école, avec une mère qui y enseigne, aussi bien dire qu’elle en connaît tous les racoins, la place a plus de secrets, et quand ils ont rénové la bibliothèque – pas très bien, à son avis – elle a mis un temps fou à se faire à la nouvelle configuration des lieux. Cette école, c’est la seule chose qui a été épargnée dans le périmètre, tout autour n’est que reconstruction. Quand on dit que les francophones du nord sont faits forts.

C’est dans cette école-là qu’on a donné le spectacle. Dans la cafétéria en terrazzo, avec les néons allumés en côtés de scène. Chacune des presque vingt personnes présentes pour l’occasion devait bien avoir une histoire, elle aussi. Une version des faits. Quelque chose de perdu, dans sa cour ou son cœur, une frousse, une chienne, un souvenir d’odeur.

Mais personne n’a joué la carte du sinistré. Si Chantal avait pas posé des questions à Samantha, y’aurait eu que les chauffeurs de taxi pour nous parler du feu. Le monde était  touchant, curieux et rempli un peu de ce qu’on était venus donner. Même Chris et Mike, les techniciens qui ont fait les cinq heures de route depuis Edmonton pour monter un kit de son, comptaient parmi les plus beaux humains croisés depuis deux semaines.

Bien sûr, j’ai vu quelques centaines de kilomètres d’épinettes noircies, skinnées en squelettes, j’ai vu des Silverado, des Ram, des F-350, des Sierra qu’on les mettrait bout à bout on se rendrait au Manitoba, j’ai vu des t-shirts écrits « I (heart) Oil Sands », avec une feuille d’érable à la place du cœur, j’ai vu plein d’affaires avec lesquelles je suis vraiment pas en accord mais au final, ce que je garde, c’est quelques faces qui sourient dans une cafétéria d’école, qui prennent tout ce que le présent a à offrir.

On se connaissait pas et pourtant, on était vraiment contents de se voir.

-Michel-Olivier Gasse

 

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